Demain · Chronique · Opinion
L’occasion canadienne
Le Canada et le Québec ont une place à prendre dans l’intelligence artificielle : rapprocher la recherche, les entreprises et les besoins du quotidien. Nous pouvons bâtir des outils utiles, développer nos compétences et faire grandir ici de nouvelles possibilités.

Les pistes de cette chronique · Opinion
Relier la recherche aux besoins du quotidien
| Piste proposée | Application à explorer |
|---|---|
| Faire collaborer | Rapprocher chercheurs, entreprises et utilisateurs autour d’un besoin précis. |
| Essayer et mesurer | Tester des projets de taille raisonnable avec un objectif et une évaluation clairs. |
| Transmettre les compétences | Relier la formation à une réalisation concrète et à la vérification des résultats. |
Propositions de l’auteur et exemples à explorer; ce tableau n’annonce pas des réalisations.
L’intelligence artificielle ouvre une période de construction. Pour le Canada, c’est une occasion de réunir des forces qui se complètent : la recherche, l’expérience des entreprises, les institutions publiques et le savoir de celles et ceux qui connaissent leur métier.
Je crois que notre contribution peut être très concrète. Des outils qui font gagner du temps. Des services plus accessibles. Des entreprises qui trouvent de nouveaux marchés. Des personnes qui découvrent qu’elles peuvent participer à cette transformation, quel que soit leur âge.
La question qui m’intéresse est celle-ci : où pouvons-nous apporter le plus de valeur avec nos talents et nos ressources ?
Une place pour plusieurs formes d’innovation
Les infrastructures de calcul, la recherche fondamentale et les applications de terrain peuvent se renforcer mutuellement. Une capacité de calcul ouvre des possibilités; un projet utile leur donne une destination.
Il y a de la place pour de grandes équipes et pour de petites entreprises. Pour des outils généralistes et pour des systèmes consacrés à un besoin précis. Pour les découvertes de laboratoire et pour les améliorations patientes qui rendent un service plus simple à utiliser.
Imaginons une PME qui retrouve plus facilement ses documents techniques. Une association qui rend ses informations compréhensibles dans plusieurs langues. Une équipe qui prépare un premier classement de dossiers, ensuite vérifié par une personne responsable. Ce sont des exemples d’usages à explorer, chacun avec ses exigences et ses mesures de qualité.
L’intérêt d’un projet se voit dans ce qu’il permet de faire, dans les conditions réelles de son utilisation.
Rapprocher ceux qui inventent et ceux qui utilisent
Une belle possibilité pour le Canada consiste à multiplier les rencontres entre les personnes qui développent une technologie et celles qui en connaissent l’usage.
Un chercheur apporte une méthode. Une entreprise connaît ses opérations. Un organisme comprend son public. Leur collaboration peut faire apparaître des solutions auxquelles aucun n’aurait pensé seul.
Des mécanismes existent déjà. Le programme fédéral IDEeS soutient notamment le développement de concepts, les prototypes et les essais dans les domaines de la défense et de la sécurité. Cette logique de rencontre entre un besoin, une proposition et un essai offre un exemple de travail collaboratif.
J’aimerais voir grandir les occasions de tester des projets de taille raisonnable, avec un objectif clair, un utilisateur identifié et une évaluation compréhensible. Les résultats peuvent alors guider la suite : améliorer, élargir ou explorer une autre piste.
Des savoirs à mettre en valeur
Nos secteurs d’activité, nos régions et nos institutions possèdent une connaissance de leurs réalités. Cette connaissance peut orienter des outils adaptés au français d’ici, à un métier, à un territoire ou à un service particulier.
Au Québec, Mila rassemble déjà une communauté de recherche en intelligence artificielle et développe des liens avec l’entrepreneuriat. Ces rencontres entre science et application constituent un point d’appui pour de nouveaux projets.
La maîtrise de nos outils se construit aussi dans leurs conditions d’utilisation : les droits sur les données, les accès autorisés, les choix d’hébergement et les responsabilités de chaque partenaire. Ce travail peut faire partie du projet dès sa conception.
Nous avons la possibilité de développer une expertise qui associe utilité, confiance et compréhension du contexte local.
Des compétences qui servent tout de suite
La formation peut ouvrir cette porte à davantage de monde.
Pour une personne qui travaille depuis trente ans dans son domaine, découvrir l’IA peut être l’occasion de prolonger son savoir-faire : préparer une recherche, organiser ses connaissances, comparer des documents ou transmettre une expérience.
Un bon parcours de formation peut se terminer par une réalisation concrète, adaptée au métier ou à la vie de la personne. Il peut aussi lui apprendre à vérifier un résultat, à protéger les informations confiées à un outil et à reconnaître les situations où son propre jugement doit reprendre la main.
Les personnes de 50 ans et plus ont leur place dans cette aventure. Leur connaissance du travail, des clients, des institutions et des situations humaines peut aider à choisir les projets qui méritent d’être développés.
Choisir ce qui nous convient
Dans le récit biblique, David essaie l’armure de Saül, puis choisit l’équipement avec lequel il sait avancer. Je retiens de cette image une invitation à connaître ses forces et à trouver une manière d’agir qui leur corresponde.
Le Canada peut soutenir de grandes ambitions et donner de l’espace à des projets plus ciblés. Le Québec peut y apporter sa recherche, ses entreprises, sa langue et la connaissance de ses communautés.
J’y vois une invitation à travailler ensemble : proposer, essayer, mesurer et partager ce que nous apprenons. Une solution utile peut devenir un savoir-faire. Un savoir-faire peut ouvrir une activité. Et une activité peut créer de nouvelles possibilités pour les personnes qui vivent ici.
C’est cette occasion que j’ai envie de voir grandir.
Sources
- Défense nationale, programme Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité (IDEeS), consulté le 1er novembre 2026 : www.canada.ca
- Mila — Institut québécois d’intelligence artificielle, présentation et entrepreneuriat, consulté le 1er novembre 2026 : mila.quebec
Chronique d’opinion. Ce texte exprime le point de vue de son auteur, Marco Barreto (Fondateur de F51 Labs et directeur de la publication, à Montréal). Les faits cités ont été vérifiés dans les sources ci-dessus. Divulgation : l’auteur est le fondateur de F51 Labs, qui publie ANGLE 50 et développe des outils d’intelligence artificielle. Les situations proposées à titre d’exemple ne sont pas des réalisations annoncées. Une erreur de fait ? Signalez-la.


